Récits de randonnées

 

1 er Tour du Mont-Blanc à cheval du 21 au 30 août 2001

1er jour

  Un matin pas comme les autres. En effet, 4 cavaliers quittent le ranch des Maragnènes pour un périple qui durera 10 jours, le Tour du Mont-Blanc, une première! Pierre, de Plan-Les-Ouattes, avec Morillon, Laetitia, de Chailly, avec sa jument Liane, Christine avec Kathy et Roger avec Farce. Cette première journée ensoleillée nous conduit par les berges du Rhône et les vergers jusqu'à Martigny, avec une pause de midi à Riddes. Nous chevauchons à un rythme tranquille, car comme dirait l'adage "chi va piano va sano e lontano" !! Et justement nous allons loin… enfin… nous l'espérons! Au Ranch el Capio à Martigny, où s'achève notre première étape, les douaniers nous attendent pour inspecter les chevaux et délivrer les papiers nécessaires pour franchir la frontière. Deux autres cavaliers nous ont rejoint, Isabel et Gégé, avec leurs montures Abricotine et Black, deux Appaloosa sympas

                                                                                           

2ème jour

Ce matin, nous traversons sous un soleil radieux Martigny et rencontrons les premières petites difficultés, comment rejoindre le bord de la Dranse avec ces barrières et ces propriétés privées? Qu'à cela ne tienne, nous empruntons la route. Dès la sortie de la ville, une première montée raide par un ancien chemin nous fait suer à flots. A mi-chemin vers le Col de la Forclaz, nous nous arrêtons dans un coin ombragé pour reprendre des forces grâce au savoureux pique-nique que Chantal a préparé à notre intention. C'est là que Gégé commence à souffrir de ses "socquettes", souffrances qui, d'ailleurs, ne le quitteront plus pour le reste de la randonnée. Nous reprenons notre ascension, le chemin est moins pentu, heureusement. Arrivés à l'alpage au sommet du Col de la Forclaz, nous nous arrêtons pour prendre un petit verre avant de redescendre de l'autre côté, vers Trient et le refuge qui nous accueille pour cette seconde nuit. De là, nous avons une vue imposante sur le glacier du Trient, magnifique amas de glace contrastant avec le bleu du ciel. Le seul autre hôte du refuge, un singulier professeur de français, est tout intrigué par notre façon de parler. Julien, notre ravitailleur, nous a apporté un délicieux souper préparé par Chantal. Nous allons ensuite souhaiter une bonne nuit à nos chevaux attachés non loin de là, et allons à notre tour dormir

                                                                                       

3ème jour

Ce matin, nous avons de gros préparatifs; il faut en effet charger sur le dos de notre cheval tout ce dont nous aurons besoin durant les quatre prochains jours. C'est fou ce que les sacoches semblent petites dans ces moments-là… Départ à 8 heures pour l'ascension du Col de Balme. Le premier bout se fait à pied, le sol étant jonché de grosses pierres. Quelle grimpette ! Et Roger, quelle condition !! Heureusement, plus haut, l'escarpement est plus faible et la marche moins pénible. Nous atteignons le sommet du Col de Balme vers 10 heures, et sommes frappés par la première apparition du Mont-Blanc, en face de nous, magnifique, imposant, revêtu d'un manteau de neige immaculée, se profilant sur le ciel toujours aussi bleu. Il semble difficile de croire que nous allons en faire le tour!! Une borne parterre nous indique que nous avons franchi la frontière de la France. Maintenant il faut descendre vers Le Tour. En chemin, nous rencontrons des chevaux en liberté. Un fier étalon pie nous suit en indiquant clairement que nous ferions mieux de déguerpir. La dernière partie de la descente est extrêmement escarpée, et c'est avec des jambes de coton que nous parvenons au fond de la vallée, dans le charmant village du Tour. Nous pouvons enfin nous mettre en selle et continuer par un petit chemin dans la forêt, le long du flanc de la vallée, le Balcon Nord, vers Argentière. Nous y arrivons vers 15 heures et sommes reçus au manège chez Anne et Stéphane pour la nuit. Nos chevaux sont installés dans des parcs spacieux où ils peuvent se défouler, se rouler et se reposer. Quant à nous, nous devons encore marcher "5 minutes" jusqu'à l'Hôtel des Randonneurs. Un bon rôti, une bonne Mondeuse (!), rien de tel pour se remettre d'une belle journée d'efforts! C'est avec soulagement que nous plongeons dans les bras de Morphée…

                                                                                                   

4ème jour

  Réveil et petit déjeuner vers 6 heures, tout ça à 6 dans un dortoir, pas évident pour ceux qui aiment se réveiller en douceur. Nos chevaux nous attendent pour leur toilette, petit déjeuner et paquetage. Nous reprenons le Balcon Nord dans la forêt, descendons sur les Iles où nous devons traverser l'Arve par un petit pont très étroit. Heureusement que nos chevaux en ont vu d'autres, ils franchissent cet obstacle sans ciller. Notre chemin continue par la "Promenade de l'Arve", un joli chemin dans la forêt, interrompu à plusieurs reprises par des passages "techniques" de petits ponts que nos chevaux franchissent également sans s'émouvoir. Nous débouchons à Chamonix par le Balcon Sud et faisons une courte halte au "Savoyard" pour boire un petit café. Il n'y a pas de temps à perdre, notre journée est loin d'être achevée, nous reprenons donc notre route en direction des Houches. De là, nous attaquons une ascension infernale du Col de Voza. Quelle désespoir, ce chemin raide, dépourvu de contour, qui grimpe, qui grimpe… et dont on ne voit pas la fin! Et comme le soleil ne nous a toujours pas abandonné, quelle chaleur! Pour reprendre haleine, nous pique-niquons à mi-chemin, à Maison-Neuve. Un bonheur indescriptible s'empare de nous lorsque enfin nous atteignons le sommet, à 1659 mètres, et que nous pouvons nous désaltérer à la buvette. Comme il ne faut pas abuser des bonnes chose, nous amorçons la descente, aussi pentue que la montée, vers Bionnassay. Nous traversons la rivière, nous remettons en selle, et continuons notre route à travers les alpages. Nous remontons les Gorges de la Gruvaz par le Chemin des Ecoliers et plongeons jusqu'à Quy. Une descente rude, le Chemin des Chevreuils, nous conduit à la Villette puis à Champel. De là, nous passons par la forêt, puis la route, pour enfin arriver à Contamine-Monjoie (1164m). Aux Pontets, Bernard, notre hôte de ce soir, est venu en vélo à notre rencontre. Quelle étape!! 11 heures de route, ça mérite un petit bain, nous amenons donc nos chevaux à la rivière où ils peuvent se délecter d'un bain de pied bienfaisant. Ensuite, Bernard, d'une main de fer, dirige la suite des opérations: douche des chevaux, préparation des parcs et de la nourriture, rangement du matériel et apéro. Il dispense également de précieux conseils à Isabel pour atténuer les débuts d'une pression chez Abricotine. Une fois les chevaux prêts pour la nuit, nous nous rendons tous au restaurant où Dédé, Béatrice et leurs enfants nous attendent pour le souper. Le couvre-feu ne tarde pas, nous sommes bientôt tous couchés au camping des Pontets, exténués par une journée riche en images mais également en efforts.

                                                                                               

5ème jour

  Ce matin, nous changeons provisoirement de guide, Bernard s'empare du commandement de notre groupe. Après des directives très précis afin d'éviter tout problème, il nous fait gravir la Voie Romaine à cheval, nous évitant ainsi une pénible montée à pied. Merci Bernard! Après nous avoir souhaité bonne chance, il rebrousse chemin et nous laisse à notre ascension du Col de la Croix du Bonhomme. Un petit café nous ragaillardit au Refuge de la Balme, avant de reprendre l'exténuante grimpette vers ces deux pics, le Bonhomme et la Bonne Femme, qui semblent si éloignés. En passant au pied d'un tumulus (déf. Hachette: grand tas de pierres que certains peuples anciens élevaient au dessus de leurs sépultures) nous marquons un arrêt pour étudier le passage d'un immense névé. Aucun problème, nous franchissons aisément cet obstacle. La montée continue, et nous voilà après quelques efforts (inhumains pour certains) au sommet du Col du Bonhomme à 2329 mètres. Dédé et son fiston nous ont rejoint juste avant le sommet, à un passage très délicat, le chemin étant pavé de plaques de rochers nécessitant parfois de grandes enjambées de la part de nos chevaux. Nous pique-niquons en redescendant, et parvenons au fond de la vallée, à Chapieux, où Béatrice et Fanny nous attendent pour un rafraîchissement au "Montagnard". Depuis là, nous entrons dans une nouvelle vallée par une route goudronnée. Un panneau nous intrigue: "viabilité incertaine"… Bon, nous en tous cas, nous avons survécu… Le refuge des Motets est très accueillant, le panorama au clair de lune stupéfiant, nous y passons une excellente soirée et une bonne nuit réparatrice.

                                                                                      

6ème jour

Ce matin, nous gravissons le Col de la Seigne (2610m), et par la même occasion nous franchissons la frontière italienne. La descente nous fait déboucher dans le Vallon de la Lex Blanche. Le paysage, chemin faisant, est presque lunaire: des arbres tordus et penchés dans la même direction, une couronne de montagnes enneigées, le lac de Combal, aux eaux claires et scintillantes. Par contre, quel monde sur les chemins!! Plus loin, nous traversons le Val Veni et pique-niquons à l'ombre dans une forêt. Pour digérer, nous descendons à pied au fond de la vallée sous une chaleur de plomb et aboutissons près de l'entrée du tunnel du Mont-Blanc. Nous abreuvons nos chevaux à Entreves et amorçons la montée en direction du Val Ferret. Quelle canicule!! Nous arrivons à l'Hôtel du Lavachey, où nous profitons de la rivière pour offrir un bain de pied aux chevaux. Quel confort, cet hôtel! Nous partageons trois chambres, isolons ainsi les ronfleurs, et après un repas délicieux et une bonne bouteille de Barbera, filons au pays des songes.

                                                                               

7ème jour

Départ à 8h15. Nous longeons la route du Val Ferret, encore à l'ombre, et attaquons la montée du Col du Grand Ferret. Depuis la cabane Elena, le chemin devient incertain et très abrupt, nous devons donc continuer à pied. Pfff, encore une grimpette inoubliable! Nous parvenons au sommet du col à 10h50, où nous ne nous attardons d'ailleurs pas car un vent glacial transperce nos habits, brrr… Nous redescendons donc quelque peu avant de nous arrêter sur un joli replat pour le pique-nique et la sieste. Il est difficile de résister au sommeil en observant un troupeau de moutons à la queue leu leu franchir des ravins et des éboulements sur le versant de la montagne d'en face… 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - zzzz…. Ayant repris notre chemin, nous arrivons à l'alpage de la Peule où les bergers nous servent un verre. Encore un petit effort, et nous voilà à la Fouly, d'où nous remontons vers la Cabane de la Lèchère. Quel confort, et quel bon souper, miam miam… Nous retrouvons enfin Julien, et avec lui des habits propres et toutes les affaires que nous n'avions pas pu emporter avec nous. Quel enchantement !

                                                                                           

8ème jour

  Nous partons à pied pour descendre le Val Ferret. En route, de bien jolis villages, des anciens mayens, la visite du Mai à Paz-de-Fort, et, la chaleur nous y contraignant, l'apéro au buffet de la gare à Orsière. Nous repartons par la piste Vita et les routes agricoles pour arriver à Vollèges après avoir traversé la Dranse sur un pont franchement bringuebalant… A l'entrée du Val de Bagnes, nous pouvons déjà voir, tout en haut, Verbier où notre étape s'achèvera. Depuis le Châble, nous montons donc vers Verbier par l'ancien chemin. Julien nous attend au manège, avec un bon souper et la fameuse mousse aux framboises de Chantal. Nous nous retrouvons sur la paille pour une bonne nuit de sommeil, bercés par les ronflements équins et humains...

                                                                                      

9ème jour

  De Verbier, nous grimpons en direction de la Croix de Coeur, à travers les alpages, et apprécions une vue époustouflante sur le massif du Mont-Blanc. Vu d'ici, nous avons toujours de la peine à réaliser que nous avons réellement effectué le tour complet de ce fameux massif, il semble si lointain et si vaste! D'autres montagnes s'offrent à nos yeux: les Alpes Bernoises, les Dents du Midi, les Combins, etc. Une longue entracte panoramique s'impose donc à la Croix de Coeur. Bientôt, nous reprenons la descente (ou plutôt la plongée…) vers les Mayens de Riddes, où une petite pause "myrtilles à la crème" n'est pas de refus après un telle dénivellation! Nous traversons ensuite la Forêt Verte, pique-niquons au bord de la Farha au dessus d'Isérable avant d'attaquer la dernière montée interminable de notre expédition. En route, nous ne pouvons nous empêcher de faire une petite halte chez notre amie Lina aux "Rives du Bisse", avant de grimper jusqu'à la Cabane de Balavaux, où Angèle nous accueille avec son habituelle cordialité. Pour la première fois depuis notre départ, le ciel se couvre ce soir, et des éclairs zèbrent la voûte céleste, tandis que de terribles coups de tonnerre retentissent. A l'intérieur, la soirée bat son plein, tout le monde danse, valse, polka, tango… Balavaux c'est super!!

                                                                                   

10ème jour

  Notre randonnée touche à sa fin, une légère mélancolie plane dans l'air, même le ciel semble accablé et s'est assombri. Il ne pleut pas mais la température a chuté. En guise d'échauffement, nous dansons une dernière polka à la cabane, avant de nous mettre en route. Nous descendons vers Siviez, où nous nous offrons une bonne fondue chez Edith au Vieux Nendaz, puis nous continuons notre descente vers Lavanthey, Beuson. Les chevaux ont réalisé qu'ils approchaient de l'écurie. Quelques petits galops endiablés nous le confirment. Vers 17h, nous arrivons au ranch, sans tambour ni trompette, la tête pleine d'images, le coeur lourd d'avoir déjà terminé la randonnée. Un bon gâteau aux framboises nous attend: "Bravo ceux du Mont-Blanc". Merci Chantal! Et merci Roger pour toute la préparation de cette aventure, pour la patience quand certains n'en pouvaient plus, quand d'autres avaient des petits bobos. Merci Julien pour tes ravitaillements dans la bonne humeur et pour les leçons de valse. Merci Dédé et Béa pour la visite et les antidotes. Et n'oublions pas, merci au soleil pour son omniprésence pendant neuf jours!