Récits de randonnées

 

Carnaval à cheval - février 1997
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Sedunum mascum

On disserte communément sur les charmes fous de l'arrière été. Et si on parlait une fois de la secrète allégresse de l'avant printemps? Ok, je vous entends d'ici: "ça y est, elle va de nouveau nous seriner avec des histoires de fleurs rares et de bourgeons, et oublier de lever le nez vers les pyramides !"
Et bien non. Pas de panique: dimanche de carnaval c'est encore l'hiver, pas moyen de se punaiser les pupilles sur la moindre corolle. Par contre il fait beau. incroyablement beau. Le centre de la plaine est inondé de chaleur, de lumière et de musiques endiablées. Je dis bien « le centre »...car en ce qui concerne le versant gauche, c'est plutôt le règne de l'ombre et du givre.
Qu'importe, les cavaliers sont tous au rendez-vous matinal, un peu
flageolants il est vrai, la nuit s'étant pour la plupart résumée à quelques maigres heures de sommeil, après le passage obligé au célèbre saloon de la Place du Midi.

C'est un peu une ambiance de plateau de cinéma qui règne au Ranch, avec les acteurs essayant leurs costumes, les accessoiristes qui se démènent, le cameraman imperturbable (les coussins de chanvre, ça calme durablement!), les couturières qui fixent toges et drapures chamarrées sur les croupes ou les poitrails des chevaux, les coiffeurs qui
tressent et paillettent d'or queues et crinières, les odeurs du café et des croissants frais qui se faufilent sous les narines, le tout orchestré de main de maître par le metteur en scène du jour, en blouse cosaque vert pomme.
Entre la paille et le crottin voltigent rubans de satin, plumes de paon et d'autruches, cordelettes argentées, et autres parures de pacotille. Qui a vu le spray rose? J'ai perdu mon imperdable.. Ma cape! Lève ton sabot bon dieu! La moustache, les pointes en bas ou en haut? Non, j'rigole pas! Un sourire pour le photographe! Et un sucre pour le  bel hongre de la sultane! Lord en turquois, y a pas à dire, il en impose. Steph, ta perruque! Paul, t'es sûr que… Tu sais plus faire un nœud de cravate ou quoi? Si? Alors fais-en un à ta sangle! Le cure-pieds! Vanille, bave pas sur la dentelle du monsieur! » Bref, ce n'est qu'un extrait…

Vers midi, l'apparition de Chantal en fière espagnole nous laisse muets, ébahis! Les moujiks ne peuvent que s'agenouiller…

Départ. D'abord sur un chemin gelé, à travers la forêt figée. Prudence. A la sortie d'une courbe je me retourne. Le spectacle est magique.

Une vingtaine de chevaux, harnachés de couleurs vives serpentent entre les troncs noirs, fringants, excités par le son des grelots et le mouvement des étoffes. Puis les vergers, branches nues, terre dure et terne, herbe ocre beige, crissante. Soudain, ça y est, on franchit la limite de l'ombre, et on se retrouve au soleil, éblois. C'est une troupe issue tout droit d'un conte qui descend vers la plaine: la fée arc-en-ciel ouvre la marche, suivie par des personnages de cirque, des messagers du >Moyen-Age, des seigneurs de la steppe, les incontournables princesses des mille et une nuits, des bandits de grand chemin, une  andalouse songeuse…

Caserne, zone industrielle, route goudronnée, rond point, pont du chemin de fer, feux rouges à respecter...derrière la vitre des voitures que nous croisons, on voit d'écarquiller des yeux d'enfants.

Le point de ralliement avec les cavaliers du manège est prévu à la Planta. Arrivée de l'équipe des Maragnènes on ne peut moins discrète: l'âne Pipo se met à braire à tue.tête semant la pagaille parmi les chevaux. Les bêtes piaffent, hennissent, valsent sur place, glissent sur l'asphalte, ruent, tapent, grattent du sabot.  Des cris fusent, des rires, des ordres que personne n'écoute, trop occupé à rattraper qui les brides, qui un étrier, qui un chapeau, qui une ceinture! Des gamins en planche à roulettes terrorisent la jument d'un arlequin, un pétard réveille sérieusement le poney d'une gauloise… Après deux trois minutes le calme revient, et on peut enfin se saluer en bonne et due forme.

14h30 précise, le cortège se met en marche. Rue du Grand-Pont, les fers résonnent sur les pavés, entre les vieilles bâtisses, les flashs crépitent, les spectateurs s'émerveillent, les gosses lancent des confettis et serpentins. Michel maintient Pipo dignement!

Place du Midi. Le défilé fait le carrousel devant le saloon, un tour , deux tours et puis s'en vont les cavaliers.. Parqués devant les cinémas, en ligne sur le trottoir, pour boire le verre offert et entendre tant bien que mal les résultats du concours du plus beau costume.

Les trois premiers prix pour Maragnènes!

Petite Stella et blondinette Sarah ne sont pas peu fières!
Retour sympa en direction du Ranch. La limite de l'ombre s'est
déplacées, on chevauche au soleil presque jusqu'en haut!

Catherine B.