Récits de randonnées

 

«La chevauchée fantastique… 7 jours dans les Alpes
Dix participants de différentes nationalités, dix chevaux merveilleux !
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Lundi, rassemblement des dix cow-boys en herbe et premier contact avec son partenaire chevalin pour entamer une journée qui s'annonce déjà toute particulière. Nous voilà enfin partis pour une montée au pas cadencé, rythmé au son des chants, rires et plaisanteries, première règle d'or de tout randonneur, la bonne humeur.
But à atteindre, le relais de Néjos sous Eison dans le Val d'Hérens, hauteur 1400 m. La première épreuve se présente sous l'apparence d'une montée sous les branches, Morillon attention!…. Trop tard, et voilà son cavalier à la recherche de ses lunettes, deuxième règle d'or, prendre une scie ou mettre pied à terre lorsque son cheval garrotte trop proche des cieux.
Pour nous remettre de nos émotions, nous débarquons sur les plateaux d'Ossona, abandonnés depuis bien des années, ce qui fait notre bonheur à tous. Casse-croûte canadien où même le prunier participe nous offrant des fruits rosés comme on les aime, d'ailleurs arrosés d'un vin tout pareil.
Pendant que Roger fait sa sieste au centre du colloque des chevaux étonnés, des éclats de rire continuent de troubler le calme olympien de cette clairière et le bourdonnement imperturbable des faiseuses de  miel.
Le promeneur solitaire rencontrera de ci delà des corps insolites abandonnés à quelques rêves de randonnée…
Mais déjà s'estompe la langueur de la sieste et nous voilà repartis pour une montée sur St-Martin par un chemin creux recouvert d'épines de mélèzes et sous un soleil de plomb.
Nous le regardons se cacher dans le décolleté de la montagne en méditant sur un nouveau terme : Bill, chut! Bonne nuit.

Mardi nous entamons notre journée par une rude montée où humains et chevaux forment les  maillons d'une chenille au train d'enfer.
Farandole profite d'un moment d'inattention de sa cavalière pour fouiller dans son sac à provision et dévorer le casse-croûte de la semaine: troisième règle d'or, ne jamais confier ses provisions à sa monture sous peine de grève de la faim forcée.
But à atteindre, nous avons déjà presque tous déconnecté de la réalité et nous laissons simplement guider en direction des alpages d'Eison tout en admirant les sites extraordinaires et en redécouvrant mélèzes, arolles et autre merveilles. Arrivés à la place des pâtres, nous laissons nos chevaux reprendre leur souffle. Ils en profitent pour se désaltérer dans l'eau limpide et silencieuse du bisse qui se découvre dans cette échappée de ciel bleu.
Les cavaliers quant à eux optimisent leur possibilité d'assouvir leur soif, en faisant sauter les bouchons, un ici, un autre là et hop le liquide divin se déverse dans les gosiers asséchés; quatrième règle d'or, ne jamais perdre une occasion d'entendre le doux bruit du bouchon.
Nous reprenons notre route car les chevaux ont encore un énorme effort à fournir; nous traversons les alpages du Tsalet d'Eison, de Loveignoz d'où nous avons une vue superbe sur Mase. Les promeneurs qui nous croisent nous cèdent le chemin de bon cœur, d'un air épaté, nombre d'entre eux nous envient nos fidèles destriers qui escaladent d'un pas sûr et régulier ces chemins escarpés.

Tous ces kilomètres effectués à flanc de coteau au pied de la Maya telle une dentelle cousue avec une patience infinie nous ont ouvert l'appétit. Le soleil de midi voit se démarquer d'entre les arbres clairsemés  (nous randonnons entre 1800 et 2000 m) les randonneurs: pile à l'heure et affamés par notre longue route.
Une petite brise s'est levée, elle nous guide vers un dépôt militaire, dernier vestige des hommes en ces lieux balayés par ces vents qui savent si bien raconter tant et tant d'histoires. La pause est courte aujourd'hui. Nous attaquons déjà la  montée sur le col de Cou, passage qui nous conduira dans le  val de Réchy, vallon institué réserve naturelle.
La vue magnifique qui s'offre à nous nous coupe le souffle. Nous descendons à pied en direction del'Ar du Zan. La Rèche dont les méandres à courbes douces caressent ce plateau magnifique a donné à sa terre la souplesse de la mousse, c'est ce qu'on appelle le marais.

Elle sait très bien qu'après la descente dans la vallée est très mouvementée et que de douceur et de calme elle va devenir sauvage, partir en cascade dont les ressauts vont époustoufler tous ceux qui la contempleront.
Avant d'arriver à notre gîte, nous admirons encore un magnifique troupeau de chevaux, qu, attirés par nos montures, dévalent au galop cette plaine en surplomb. A nous, l'instant d'un moment, d'être transportés encore plus haut dans ce que l'on imagine être le paradis des chevaux.
Quelques lieues de contes plus tard, nous sommes accueillis par les sourires chaleureux de Toinette et Alain, le berger. Aucun mot n'est pesé ou recherché, ils nous ont préparé un douillet refuge rempli d'amitié et de spontanéité.

Mercredi,
nous quittons le vallon de Réchy par la route forestière, ouvrant et refermant les barrières qui se présentent, parsemant notre route de haltes impromptues où les chevaux se régalent des herbes bordant le chemin et où le premier et le dernier cavalier se voient contraints de faire des exercices : cinquième règle d'or, rester souple en toute circonstance!
Après une petite halte où nous laissons pâturer nos fidèles compagnons et où des exercices d'assouplissement sont appliqués (on pourrait d'ailleurs les confondre avec l'envol d'un oisillon, sifflement à l'appui),
Nous arrivons à l'alpage de Tracuit pour abreuver nos amis dans les bassins de l'alpe. La montée sur Orzival est assez raide, mais nos bêtes sont en forme et nous parvenons facilement sur le plateau qui découvre le chemin menant dans le Val d'Anniviers nous entraînant jusqu'à l'alpage du Marais de Grimentz. La faim nous tenaille à nouveau et nous quittons ces zones où l'humain ne fait que passer pour retourner à la civilisation par le chemin de croix.
Un court recueillement s'impose : d'autres ont souffert avant nous sur cette terre….
Un bon dîner nous attend déjà sur la terrasse de l'Hôtel de Moiry et comme cela se doit, nous gardons un œil attentif sur nos  montures sagement attachées, profitant de l'aubaine pour se reposer en sommeillant, un pied arrière légèrement soulevé pour bloquer le mécanisme de repos.
Après moult « santé » et bons cafés, nous nous approvisionnons pour les prochains jours auprès des commerçants ouverts et aimables. Enfin prêts, nous remontons sur nos montures pour traverser le village qui est resté comme au bon vieux temps, fleuri et aménagé pour les vacanciers.
Bravo les Anniviards.

Nous retrouvons la petite route forestière du barrage de la Gougra avec un plaisir partagé par nos destriers qui, entraînés par un nouveau guide, s'élancent dans un galop effréné, vite ralentis par la nouvelle montée qui se présente. Les nombreux lacets du chemin permettent de croiser un sourire, un air de chanson, un bonheur partagé.
La vallée se resserre nous laissant présager un paysage merveilleux.
Ses messages ne décevront pas, nous voilà au bord de la Navizence où nous laissons paître tranquillement nos chevaux dans une herbe excellente. Les enfants, grands et petits, profitent pour jouer à cœur joie, une sieste dans l'eau, une escapade dans les rochers, un cri d'indien….
Distraits du temps, nos chevaux étaient tout à coup rassasiés. Nous attaquons la dernière rampe du barrage de Moiry aux variations des cabrioles acrobatiques de certains.

L'eau, l'eau est si… incroyablement,… turquoise, ma foi! Heureusement, la route est entourée de barrières bien solides et l'attraction de l'eau est ainsi rompue. Mais la magie de ses vers, nous parle encore de cette montagne dont le portrait se reflète coquettement à n'en plus finir et pour notre plus grand plaisir de spectateurs indiscrets. Mais le soir s'avance à nos devants et nous devons encore installer nos amis pour la nuit. Une nuit où l'on entendra les louches s'entrechoquer au son des « santé » fort tard.

Jeudi, quatrième jour. A notre réveil le brouillard et la pluie ont décidé de nous souhaiter le bonjour. Oh là là, les chevaux ont eu froid cette nuit. Notre départ est repoussé. Il faut attendre que la pluie cesse pour pouvoir harnacher nos montures, cela nous laisse du temps pour nous envelopper le plus possible.

Finalement, c'est le départ, la brume se lève même un tout petit peu, découvrant pour nous le lac aux couleurs prometteuses de miroitements infini, mais pas aujourd'hui. Nos montures revigorées par le froid nous entraînent pour un début de réchauffement, direction, si la brume nous le permet, le basset de Lona et son col. (3000 m. alt.)

A l'aventure comme on dit, l'apprentissage de la vie de cow-boy est vachement dur. Le vent s'est mis de la partie, il a décidé de nous raconter le blizzard, cette fois les chevaux sont déportés sur la route, on n'entend plus tant les chants, j'ai même cru entendre jurer, non, non;vaille nous voilà enfin au col.

Surtout ne pas s'arrêter, non… Mais il faut bien que les chevaux reprennent des forces, on va chercher un endroit à l'abri du vent. Heureusement, chacun a ses petits remèdes, pommades, cocktails,…
De plus, le brouillard, chassé par le blizzard nous laisse peinards, capables d'envisager le retour du soleil. Celui-ci nous attend à la Vieille (2400 m)  pour nous sécher et nous réchauffer. Le pique-nique entamé, les rochers offrent alors un parfait support pour la lévitation.

Tout le monde est k.o. Mais la bonne humeur règne toujours. Les pauses se succèdent, permettant à nos fidèles destriers de se ravitailler avec des herbes succulentes. Le soleil joue à cache-cache avec la brume et la vue est limitée. Sans les sempiternelles plaisanteries et nos compagnons, ce serait le temps parfait pour rester sous la couette. Mais non, je plaisante; si la vue est bloquée, nous écoutons avec enchantement, les sons qui nous chatouillent les oreilles, les odeurs d'herbes mouillées et puis, et puis… le soleil curieux a voulu voir ceux qui osaient chanter dans le brouillard.

Sur les plats qui mènent aux Haudères, il jette un dernier clin d'œil sur les galops se succédant alors à un rythme effréné. Derniers soins aux chevaux, puis c'est au tour des cavaliers de se faire soigner par une douche bien méritée puis un souper délicieux. La fatigue aura raison de plus d'un mais rien n'empêcherait les autres de danser jusqu'à 3 h00 du matin.

Vendredi, nous partons pour Arolla. Rose d'Or perd un fer et, en attendant Raïssa, une équipe de footballeurs se forme pendant qu'une photographe vole des clichés de paparazzi : le ronflement d'un dormeur, un pantalon baissé sur des jambes nues, un cycliste improvisé, un nouveau martyr portant la croix, les images ne s'arrêtent plus de danser devant mes yeux.  Enfin, nous entamons la montée, nous traversons des prairies où les marmottes courent quasiment sous les pattes de nos destriers nous rappelant leurs sœurs d'Amérique, les chiens de prairie. Puis nous attaquons la rude montée longeant la moraine, un hélicoptère nous survole alors nous saluant au passage.

Longeant la montagne, nous nous dirigeons vers l'alpage de Remointze, un crottin sur la route, nos montures deviennent nerveuses; deux longues oreilles apparaissent puis l'habitant de cet alpage, un mulet, nous salue de son pro montoir. Au détour du chemin nous rencontrons alors deux autres chevaux et un tout jeune poulain qui , aussi curieux que leurs compatriotes, se pressent autour du chemin.
Nous faisons alors de grands gestes pour qu'ils ne s'approchent pas trop et continuons notre route vers d'autres cieux.

C'est la journée des rencontres, décidément, au tour d'un troupeau de chamois qui sautent agilement d'une pierre à l'autre, sans oublier de troupeau de moutons parmi lequel quelques chèvres s'ébattent gentiment.
Pra Gras n'en finit pas de nous offrir des surprises plus belles les unes que les autres. De notre pro montoir, nous voyons se déployer un paysage magnifique qu'on pourrait croire encore vierge tant il reste encore sauvage, les aiguilles rouges nous donnent le tournis, mais voilà que nous redescendons trouver le berger de l'alpage pour un repas bien mérité où se mêlent tommes, patates en robe, grillades, etc..
Seul point noir, l'orage menace et il faut se trouver un abri de la pluie, du vent et des ronflements. Ceux qui ont choisi le luxe de la tranquillité connaîtront les rigoles et les gouttières. Bon gré, mal gré tout le monde est bien reposé.

Samedi, avant dernier jour, nous entamons la descente la mort dans l'âme. Catherine se sépare de notre groupe et doit rentrer avec Kimoun,
Nos chevaux bien fatigués se montrent bien fringants, quitter un compagnon est toujours bien difficile. Ce n'est qu'un au revoir...
Objectif du jour, Combioule, décidément, ce mot a un pouvoir certain, chacun reprend un  peu d'entrain et se prépare à tout oublier sauf les paysages magnifiques dont on ne se lasse jamais de voir et revoir, et encore toujours, nos fidèles oh fidèles destriers.
Bamboulé, bamboulé, les dormeurs ont été dérangés, pas d'excuses, c'est maintenant qu'on rit pardi!

Dimanche, comment? On repartirait volontiers encore une semaine, mais c'est vrai qu'on aura bien besoin de se reposer.
Avant de se quitter, une dernière fois, on récapitule les souvenirs, mais ce n'est pas encore aujourd'hui qu'on capitule. Alors venez prendre encore un verre avec nous, et n'oubliez pas que chaque année ça recommence.
Merci à tous

Tatiana