Récits de randonnées

 

«Randonnée dans les 4 Vallées juillet 1998
Nendaz - Dix - Arolla - Hérens
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Le matin nous commençons notre rando en nous faufilant entre les abricotiers et le soir nous sommes à 2000 m. au milieu des gentianes. Contraste!
Entre-temps nos chevaux se sont tapé un joli petit dénivelé. Partis de 670 m. d'altitude depuis le Ranch des Maragnènes, nous sommes montés jusqu'à 2228 m., heureusement, il y avait là un joli petit torrent pour abreuver les chevaux et de belles touffes d'herbe grasse pour faire oublier la grimpette. Arrivés au point culminant de la journée, le reste de la balade s'est fait au milieu des pâturages dont la flore est exceptionnellement riche. Et si vous êtes curieux et que vous demandez le nom de ces fleurs à Roger, il se fera un plaisir de vous dire avec un grand sourire que ce sont des « fleurs des montagnes »!

Le lendemain, la grande question est : manteau de pluie ou  pas manteau de pluie? Moi , j'opte pour la solution étanche et j'endosse la tenue complète, style orage et grand vent, ce qui fait bien rire Roger qui décide de partir en pull. Mais au fil de la matinée notre petite équipe se transforme en petits bonhommes jaunes, bleus, rouges (suivant la couleur du ciré) et surtout dégoulinants. Ceci nous empêche pas d'apprécier le paysage  magnifique lorsque nous débouchons au sommet du petit col au dessus de Thyon 2000. Après un petit sentier escarpé à flanc de montagne - »Dis Roger, c'est encore long?  Parce que moi, j'ai le vertige. »Le col nous dévoile une immense cuvette au fond de laquelle se prélassent trois étangs appelés « Les Gouilles » et dont l'un est couvert de nénuphars.

Le ciel bas et cette brume qui nous entoure donnent un charme très irlandais à ce paysage, et si ce n'était pas cette pluie qui commence à tomber pour de bon, nous resterions bien un moment dans ce lieu sans limite.
La descente sur Pralong, village à quelques 4 km en aval du barrage de la Grande Dixence, se fait à pied par des petits chemins raides et sinueux, recouverts d'aiguilles de mélèzes. Cette marche occasionnera, pour certaines, quelques courbatures le lendemain matin. En effet, ne jamais avoir les deux pieds à la même hauteur demande, lorsqu'on est pas habitué, un certain temps d'adaptation.

La pluie, qui nous a contraint à un arrêt plus long que prévu à midi, se calme gentiment et lorsque nous contournons le Sex Pex pour déboucher dans le Val d'Hérens, le soleil fait une timide approche. Ceci permet aux chevaux ainsi qu'à notre matériel de sécher et rend l'arrivée aux mayens de Vendes beaucoup plus agréable. C'est que cette nuit, nos chevaux dorment dehors, nous sommes à 2200 m. et la météo n'est pas super!
Prévoyants, nous avons emmené des couvertures et des bâches pour nos chevaux mais ce ne fut pas facile.
Le chemin d'accès étant un sentier, Jean-Claude, qui fait l'assistance en 4x4, ne peut nous rejoindre qu'à pieds. Donc, après plusieurs pliages de bâches dans la couverture, de couverture dans la bâche, de remplissage de boudins, de déballage de cornets et de bourrage de sacoches, nous sommes enfin arrivés à tout prendre sur les chevaux. Et quand l'orage éclate nous sommes bien contents que nos chevaux soient déguisés en marins bretons.

Le lendemain, c'est une corrida qui nous attend.
Avez-vous déjà traversé un troupeau de vaches à cheval? Avec des vaches normales, pas de problème; mais avec des vaches d'Hérens, c'est une autre histoire.  Car ce qui est dominant chez cette vache, c'est son caractère belliqueux. Je vous laisse donc imaginer la scène; une cinquantaine de vaches un tantinet agressives entourant huit chevaux qui n'ont qu'une envie, déguerpir au plus vite. Cela n'a fait rire qu'une personne, Roger bien sûr! Il a même osé nous dire qu'il avait eu peur pour les vaches!

Après une bonne descente, presque 1000 m de dénivelé, nous arrivons à Evolène. Puis nous longeons la Borgne direction Les Haudères où nous nous arrêtons pour midi. Mais le soir nous nous retrouvons de nouveau à plus de 2000 m d'altitude. Et bien, pour de telles randonnées, je vous jure que je préfère être à cheval qu'à vélo.

Cette nuit, nous devons normalement dormir dans un mayen de Pra Gra sur les hauts d'Arolla, mais le vent s'est levé et la température est plutôt fraîche. Les filles ont enfilé tous les t-shirts et les pulls disponibles, mais c'est une bonne veste d'hiver qui ferait mieux l'affaire. Faute de couche supplémentaire et pour ne pas entendre éternuer toute la journée de demain, nous décidons de redescendre dormir dans un hôtel un peu plus bas, qui possède des dortoirs. Seul Roger, stoïque passe la nuit aux mayens. Mais nous apprendrons le lendemain qu'il a dormi au chaud chez les bergers.

Le lendemain matin il fait beau. Froid, mais beau. Les touffes d'herbe qui bordent le ruisseau de Pra Gra sont figées par la glace et cette nuit les chevaux ont dû apprécier leurs couvertures. Tout en préparant nos montures, nous admirons la vue splendide qui s'offre à nous. Le glacier d'Arolla dominé par le Mont Collon et toutes ces dents, ces aiguilles, ces pointes et ces crêtes dont les noms seront malheureusement vite oubliés. Un peu plus tard, nous crapahutons à travers les pâturages afin de voir les Aiguilles Rouges d'Arolla et nous rencontrons toute une colonie de marmottes pas trop craintives.

En fin de journée, l'arrivée aux mayens de Néjos fut, comme annoncée, superbe. Après un chemin à flanc de montagne dans une forêt encore sauvage, nous arrivons au petit village d'Eison.
Une vieille femme en costume valaisan nous salue depuis son balcon. Puis, par un petit sentier de chèvre ou de dahut (va savoir) , nous descendons à Néjos, endroit célèbre depuis que Paul Mc Bonvin en a fait une chanson.

Quelques mayens accrochés à la pente, défiant le temps et le vertige, des champs raides que l'on prend encore la peine de faucher, et, de l'autre côté de la vallée dans un repli de la montagne, deux cabanes de mineurs, abandonnées. Tout ici décrit la vie rude des gens du cru, mais cette beauté sauvage explique aussi leur acharnement à rester.

L'étape d'aujourd'hui devait nous ramener au Ranch, mais le refuge de Combiola, juste sous les pyramides d'Euseigne, est un gîte tellement sympa que nous décidons d'y passer la nuit. L'après midi se passe en sieste, en bavardages et en grignotages. Chacun se remémore un instant de cette semaine de randonnée, ça sent la fin. Demain c'est le retour en plaine.
Merci à Roger pour cette superbe et inoubliable semaine.

Danièle Chollet